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Reflets du Passé

Actualité de l'auteur et de sa collection aux éditions Dualpha, ayant vocation à exhumer des textes toujours d'actualité. Thèmes abordés : Magie,illusionnisme, prestidigitation, ésotérisme. Pour tous contacts avec la rédaction de ce blog, pour poser vos questions, et pour être averti de nos nouvelles mises en ligne : refletsdupasse@gmail.com Attention tous les textes mis en ligne sur ce blog sont soumis au Droit d'Auteur.

dimanche 10 avril 2011

Un tour du Monde de la Magie et des illusionnistes


Nous sommes heureux de vous annoncer (car l’ouvrage ne sortira que le mois prochain) aux éditions Dualpha, Un tour du monde de la Magie et des illusionnistes.
Ce livre retrace, au travers de 747 notices, les magiciens, les lieux, le vocabulaire inhérent à la pratique de l’illusionnisme.
Il s’inscrit dans une démarche strictement historique (il ne s’agit pas ici de « débiner » les tours), en retraçant les parcours souvent atypiques des artistes connus ou tombés dans l’oubli au gré des siècles.
Nous reviendrons plus largement dans ce blog, sur son contenu lors de sa publication.
Pour permettre à nos lecteurs de se faire une idée, voici la notice sur la ville de Paris.
Un lieu privilégié au regard de la scène magique.
Paris :
« (…) Paris, où se trouvent les escamoteurs les plus adroits du monde ».
(Gabriel Jouard, in Des Monstruosités et bizarreries de la Nature, Paris, 1807).
Que prévoit la loi française, et quelles sont les prérogatives de la Préfecture de police en matière d’encadrement et de réglementation, s’agissant des artistes de rue, et plus spécifiquement des escamoteurs parisiens. Dès 1791, une ordonnance reprise et complétée en 1817 stipulait :
« Tout individu qui voudra se livrer à l’exercice de la profession de Saltimbanque, bateleur, escamoteur, joueur d'orgue, musicien ambulant ou chanteur, devra en faire la demande au préfet, en joignant à sa pétition un certificat de bonne vie et de mœurs, délivré par le commissaire de police ou le maire de la commune où il sera domicilié ». (Victor Alexis Désiré Dalloz, Armand Dalloz, Henri Thiercelin, Répertoire méthodique et alphabétique de législation, Vol. 44, Voie Publique, p. 166, 1863).
Puis la loi se fera plus précise : « (…) La classe entière des saltimbanques, ce qui comprend les baladins, bateleurs, escamoteurs, faiseurs de tours, joueurs d’orgues, musiciens ambulants a été aussi l’objet des dispositions réglementaires de la police de Paris. (Ordonnance de police du 14 décembre 1831).
« Art. 1. Toutes les permissions de saltimbanques (…) Escamoteurs, ambulants et faiseurs de tours sur la voie publique, qui ont été délivrées jusqu’à ce jour par la préfecture de police, sont révoquées et annulées sans exception, à cumuler du 1er janvier prochain.
Art. 2. Tout individu qui, passé cette époque, sera trouvé sur la voie publique exerçant l’un des dits métiers, sans pouvoir justifier d'une nouvelle permission délivrée par nous, sera conduit devant les officiers de police, pour être interrogé et poursuivi, s'il y a lieu, devant les tribunaux compétents ».
Un second paragraphe nous renseigne sur les lieux généralement tolérés :
« Les individus se livrant à toutes les professions ci-dessus mentionnées ne pourront s’arrêter ni stationner dans la ville de Paris que sur les emplacements dont la désignation suit, savoir :
Sur le boulevard de l'Hôpital.
À la montagne Sainte-Geneviève, devant le marché des Carmes.
À la place Saint-Sulpice ».
(In Jurisprudence générale : Répertoire méthodique et alphabétique de législation, par Victor Alexis Désiré Dalloz, pp. 508-512, Paris, 1848).
La géographie du Paris des illusionnistes :
En recoupant des témoignages d’auteurs et des documents administratifs, il est donc possible de se faire une idée de l’offre magique parisienne entre le XVIIIe et le XIXe siècle.
Ces extraits montrent une magie accessible depuis de nombreux quartiers qui semble quasi-permanente.
Peut-on imaginer des escamoteurs dans tous les arrondissements ?
Probablement, à en juger par la confession d’un retraité, recueilli par le critique littéraire, érudit du « vieux Paris », Victor Fournel (1829-1894, in Ce qu’on voit dans les rues de Paris, p. 187, 1857) : « (…) Je me jetai sur une autre branche de la magie, science pour laquelle j’ai toujours eu beaucoup de penchant. J’achetai d’un confrère enrichi, qui rentrait dans la vie privée, un attirail complet d’escamoteur, qui ne me coûta pas cher, et, pendant trois ans, je plantai successivement ma tente sur toutes les places et dans tous les carrefours de Paris ».
Ce même récit met en lumière les gains des escamoteurs, provenant en partie de la vente de livrets, toujours en fin de programme, censés expliquer les tours.
Ce maillage dans l’univers urbain semble placer adroitement le magicien aux points névralgiques : « (…) Qui se font bateleurs et acrobates, qui trafiquent de leur art comme les vendeurs du temple, ou en jouent comme l’escamoteur du carrefour ». (Armand de Pontmartin 1811-1890, Or et clinquant, p. 283, 1859).
La Place de la Bourse : « (…) Sur chaque place de Paris, l’escamotage est à la mode ; à la Bourse voyez Damis ». (E. Dupaty, dans son poème L’Escamotage, in L. Castel, Nouvelle anthologie, ou choix de chansons anciennes et modernes. Vol. 2, p. 315, Paris, 1828).
La Place Vendôme, citée par l’écrivain Jean-Pierre Arthur Bernard : « (…) Parmi les types, on trouve aussi les escamoteurs, les illusionnistes ». (In Les deux Paris, p.198, 2001).
Cette évocation fait écho à la foire Saint Ovide qui se tenait place Louis XIV (future place Vendôme) à partir de 1764, puis place Louis XV (place de la Concorde) jusqu’en 1777.
Des baraques à vin se trouvaient Place de Grève mais aussi le long des quais du port du blé, de port Saint Paul : « (…) Ce port où le citadin voyait jadis aborder avec joie les dons de Cérès et toutes les denrées nécessaires à la vie d'un grand peuple est maintenant changé en un vaste cabaret ». (Louis-Sébastien Mercier, Paris pendant la Révolution : 1789-1798, ou le nouveau Paris, Vol. 2, p. 189, Paris, 1862).
La foire Saint Laurent débute en 1344 et se développe dans un périmètre délimité par l’enceinte de l’abbaye des frères de Saint-Lazare. Elle se déroulait au XVIIIe siècle, du 9 août au 29 septembre.
La foire Saint-Laurent abandonnée, ce sont vers les boulevards du Nord à partir de 1775, que de nombreuses attractions foraines se regroupent : bateleurs, cafés, magiciens (in Paris pittoresque, Vol.1, p. 49, de Germain Sarrut, Paris, 1842).
Le boulevard du Temple (futur boulevard du Crime) semble rassembler une grande partie de la profession : « (…) On y trouve encore les figures de Curtius, des phénomènes vivants, des escamoteurs, des géantes, des danseurs de corde ». (P. 103, in Les rues de Paris, 1844).
« (…) Sur le boulevard du Temple, le peuple est attiré chaque soir par les plaisanteries de Paillasse et les tours d’escamoteurs ». (François-Marie-Joseph Moronval in Le conducteur de l’étranger à Paris, p. 154, 1812).
« (…) On y voyait des escamoteurs, des joueurs de gobelets; on y voyait des curiosités de toutes façons; on y voyait la passion de Cléopâtre à côté de celle de Jésus-Christ; on y voyait des nains, on y voyait des géants, on y voyait des hommes -squelettes, des femmes qui pesaient huit cents livres » (C. Ladvocat, Paris ou Le livre des cent et un p.185, Stuttgart, 1832).
Non loin, toujours sur la rive droite, les quais de l’Arsenal (en bordure de la place de la Bastille) abritent des attractions : « (…) Çà et là aussi un escamoteur, le dernier des escamoteurs! Partez, muscade!
Tout cela, à la fois paisible et fourmillant de gens, de garçons, de filles en bonnet ou têtes nues.
C’est la promenade des faubouriens de Saint-Antoine, qui vont et viennent librement où s’élevait la prison que leurs grands pères ont détruite, et qui s’y installent par droit de conquête ». ( In Le guide de Paris par les principaux écrivains et artistes de la France, Paris, 1867).
Sur les Champs-Elysées vers 1820 : « (…) On rencontre des escamoteurs, des physiciens, des baladins et des charlatans de toute espèce ». (Girault de Saint-Fargeau, Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique, p. 20, Paris, 1846).
Observations corroborées dans l’ouvrage Paris et ses environs reproduits par le Daguerréotype, (p. 4, 1840).
En descendant la plus célèbre avenue, on rencontre une autre enclave propice à l’expression des arts de la rue : « (…) Nous voulons parler de l'espace compris entre la place de la Concorde, le carré Marigny et les bords de la Seine. C'est là que donnent rendez-vous à la foule de promeneurs, et le saltimbanque qui a quitté les foires circonvoisines pour venir développer ses talents dans la capitale, et les phénomènes vivants qui viennent de faire l’admiration des différentes Cours de l’Europe, et les escamoteurs, physiciens » (Félix Mornand, La Vie de Paris, Paris, 1855).
Ainsi la première concession sur l’actuel théâtre de Marigny (carré Marigny) fut accordée en 1835 à un physicien-prestidigitateur. En 1848 sur le même emplacement, une baraque dite Le Château d’enfer sous la direction du forain Lacaze programme des spectacles de « physique amusante, fantasmagorie et curiosité » qui deviendra en 1850 le pavillon Lacaze.
(In Jules Martin, Nos artistes : Annuaire des théâtres et concerts, 1901-1902, Paris, 1901).
Les Tuileries et le Carrousel regroupaient avant le Second Empire des cabarets borgnes et des terrains vagues sur lesquels se dressaient des tréteaux d’escamoteurs (Léon de Lanzac de Laborie, Paris sous Napoléon, Paris, 1905).
Au milieu du Palais Royal, haut lieu de la prostitution, où s’érigent « des centaines de maisons à quatre étages de tripots », un cirque abrite des tables de jeux clandestins.
La police décide alors de s’attaquer aux responsables de l’insécurité et pourchasse une bande composée d’illustres figures de la vie parisienne, parmi lesquelles « l’habile escamoteur Benoît Sinet » (in Chronique de Paris, janvier 1792, repris par Edmond et Jules Goncourt, in Histoire de la société française pendant la Révolution, Paris, 1889).
Toujours le long des quais, l’installation des forains se dessine sur l’actuel emplacement des bouquinistes, avec comme point d’orgue, le Pont-Neuf et dans son prolongement, le quai des Grands Augustins (voir notices sur Miette Père et Fils), comme le décrit Gérard de Nerval (in La bohème galante, p. 117, 1855) : « (…) Et s’écoulait avec lenteur d’un bout à l’autre du pont, arrêté du moindre obstacle, comme des glaçons que l’eau charrie, formant de place en place mille tournants et mille remous autour de quelques escamoteurs, chanteurs ou marchands prônant leurs denrées ».
Ce même Gérard de Nerval livre des précisions sur l’emplacement d’un magicien : « (…) C’était au centre d’une de ces petites plates-formes en demi-lune, surmontées naguère encore de boutiques en pierre, et qui formaient alors des espaces vides au-dessus de chaque pile du pont, et en dehors de la chaussée. Un escamoteur s’y était établi ; il avait dressé une table ». (Ibid).
Ce pont paraît symboliser à lui seul la magie :
« (…) L’auteur (Voltaire) du Dictionnaire philosophique n’était qu’un adroit charlatan, jouant à la sagesse comme un escamoteur du Pont-Neuf joue aux muscades ». (Georges Touchard-Lafosse 1780-1847, in Chroniques pittoresques et critiques de l’Oeil de Bœuf, p. 385, 1845).
Non loin, à la fin du XVIIIe siècle, le Café des Muses sur le quai Voltaire proposait des tours de magie à ses consommateurs à l’instar du Café Olivier (sans rapport avec l’escamoteur du 1er Empire) rue Neuve des Petits-Champs, qui deviendra, lors de l'ouverture de la place Vendôme, la rue des Capucines. (Source : Luc Bihl-Willette, Des tavernes aux bistrots : histoire des cafés, p. 286, 1997 et Charles Lefeuve, Histoire de Paris rue par rue, maison par maison, 1875).
Dans le quartier Latin, le Waux-Hall situé dans l’enclos de la foire Saint Germain de l’architecte Lenoir ouvre le 3 avril 1770. « (…) On y voyait des escamoteurs, des danseurs de corde ». (Antony Béraud, P. Dufey, Dictionnaire historique de Paris, p. 662, Paris, 1828).
L’endroit sera démoli en 1789.
Un second Waux-Hall d’hiver ouvre alors ses portes rue de Chartres (dans l’actuel XVIIIe arrondissement) servant aux réunions du Club des Étrangers jusqu’en 1791. Ce Waux-Hall devient le Panthéon avant d’être rebaptisé théâtre du Vaudeville.
La foire parisienne de Saint Germain débute en 1176, autour de l’abbaye de Saint Germain des Prés. Elle se tenait deux fois par an : de trois à cinq semaines à Pâques, puis du 3 février au dimanche des rameaux.
Elle disparaît totalement en 1789.
Cette foire fut le point central des représentations foraines : « (…) Les escamoteurs, les saltimbanques, les histrions de toute couleur et de tout étage y pullulaient ». (Horace Raisson 1798-1852, Histoire de la police de Paris, p. 70, Paris, 1844).
À quelques centaines de mètres se déroula l’incendie du théâtre de l’Odéon, le 20 mars 1818, lors d’une représentation donnée par un « escamoteur inconnu » (p. 284, Ibid), dans une capitale gérée administrativement par le préfet Jules Anglès (1778-1828).
Bibliographie :
J.-B. Gouriet, Les Charlatans célèbres ou tableau historique des bateleurs, des baladins, des jongleurs, des bouffons, des opérateurs, des voltigeurs, des escamoteurs, des filous, des escrocs, des devins, des tireurs de carte, des diseurs de bonne aventure. Et généralement de tous les personnages qui se sont rendus célèbres dans les rues et sur les places publiques de Paris, depuis une haute antiquité jusqu’à nos jours, 2e édition, Paris, Le Rouge, 1819.

mardi 22 février 2011

Guide du Paris Initiatique


À l’heure où de nombreux ouvrages font redécouvrir un Paris inconnu, nous sommes heureux de vous annoncer la seconde édition corrigée du Guide du Paris Initiatique, préfacé par Dominique de Lagaye, riche de 366 lieux.
Paris se présente sous la forme d'un gigantesque puzzle ésotérique qui a vu se croiser des personnalités incontournables : Papus, Guaita, Sédir, Saint-Yves d Alveydre, Fulcanelli, Kardec, Crowley... Une ville où les initiateurs venaient développer leurs théories, leurs approches spirituelles... De l'alchimie à la Golden Dawn, l'éventail historique parisien offre un parcours exceptionnel à celui qui veut bien prêter attention à son environnement. Si toutes les pierres qui parsèment la capitale ne reflètent pas le témoignage direct de cette formidable énergie, de nombreux symboles résistent aux démolisseurs. Ces legs du monde « invisible » restent à décrypter, à rassembler. Son intemporalité en fait son modernisme. Tous ces courants, ces luttes, ces avancées semblent surgir du présent. Ce guide se propose au travers de 366 lieux recensés, de reprendre la petite histoire pour mieux s’imprégner d’une agitation d’hier pour ces choses dites de « l'étrange ». De ces temps résolus où la littérature et la science partaient conjointement à la découverte d'un monde souterrain. Cette soif de curiosité et de modernité mêlée aux arcanes du passé offre aujourd'hui une géographie parisienne insoupçonnée voir déroutante. Du culte d'Isis aux vierges noires, des Templiers aux francs-maçons, la vie parisienne à toujours osciller entre expériences novatrices et drames de l'obscurantisme. Répressions et condamnations en tout genre égrènent ces pages. Cette volonté du pouvoir à traquer les « différences » de culte ou de pensée, explique en grande partie l'aspect secret des lieux de réunions. En explorant ces adresses, un vaste jeu de piste se substitue aux plans « profanes » permettant aux promeneurs de basculer dans un univers parallèle. Celui d'hommes et de femmes qui entreprenaient des parcours intérieurs dans une démarche quasi-mystique, secrète et dangereuse. Ce danger permanent explique aussi les multiples allégories parisiennes, l’omniprésence des signifiants et des signifiés. Mais que l'on se rassure, l'interprétation d'une oeuvre architecturale cryptée reste une démarche personnelle. Il en est de même pour celle du Paris initiatique... L’auteur entreprend ici de croiser deux passions : L'histoire de Paris où il est né, et celle des souvenirs d’un « monde ésotérique » par définition secret. Puisque l’on évoque souvent les Templiers, les Roses-Croix, les Francs-Maçons, pourquoi ne pas poser les questions les plus simples : Où ? Quand ? Comment ? :
À Paris bien évidemment !.

mardi 1 juin 2010

Le maître inconnu Cagliostro


La collection Reflets du Passé est heureuse de vous présenter une réédition d’un ouvrage incontournable, sur un personnage qui ne l’est pas moins.

Présentation de l’éditeur :
Giuseppe Balsamo, comte de Cagliostro, est un aventurier italien du XVIIIe siècle, né à Palerme en Sicile, le 2 juin 1743.
Il est connu comme thaumaturge, alchimiste, mais surtout pour avoir propagé (voire inventé) une nouvelle franc-maçonnerie égyptienne.
Cagliostro est arrêté le 27 décembre 1789 à Rome, accusé de maçonnerie, d’hérésie et de pratique de la magie.
Un autodafé à Rome le 4 mai 1791 détruit tous ses objets personnels : décors maçonniques, diplômes, archives.
Emprisonné au château Saint-Ange, condamné à mort – peine commuée en perpétuité – il décède en captivité le 26 août 1795 dans la dans la prison pontificale de la forteresse de San Leo en Italie.
À la manière d’un pionnier, en exhumant sa mémoire, le Dr Marc Haven a ouvert avec sincérité une voie que d’autres historiens continuent d’arpenter avec plus ou moins de réussite et de rigueur.
L’éclairage très personnel de l’ouvrage, entre relais et lien intemporel, tente peut-être d’apporter une réponse à la question initiale : maître inconnu de quoi ?
Emmanuel Marc Henry Lalande (Marc Haven, 1868-1926) devient membre du Conseil Suprême de l’OKRC (l’Ordre Kabbalistique de la Rose Croix) dans lequel il est reçu Maître kabbaliste en 1893 par Papus et Stanislas de Guaita (1861-1897).
Supérieur Inconnu dans l’Ordre Martiniste, il remplace Maurice Barrès (1862-1923) au sein de son suprême conseil (qui comptait symboliquement douze membres).



Introduction (extraits) :
Avant d’évoquer Le maître inconnu Cagliostro, (Étude historique et critique de la haute magie, Paris, 1913), il convient de revenir succinctement sur les vies en forme de destins croisés du biographe Emmanuel Marc Henry Lalande (Marc Haven,1868-1926) et de son sujet, le comte Guiseppe Balsamo dit Alexandre Cagliosto (1743-1795). (Précisions empruntées pour partie à Un Dictionnaire du Martinisme, éditions Dualpha, 2009).
Emmanuel Lalande est né le 24 décembre 1868 à Nancy où son père est le censeur d’un lycée. Il quitte la Lorraine en 1887, pour rejoindre Paris où il entame des études de médecine.
Attiré depuis sa plus tendre enfance par les mystères de l’ésotérisme, il n’hésitera pas en 1906, à présenter une thèse sur la vie et l’oeuvre du médecin alchimiste Arnau de Vilanova (Arnaldo de Vilanova, 1238-1311).
En 1891, il découvre le cercle de la librairie du Merveilleux, se liant avec les nombreux habitués des lieux dont Gérard Encausse, (Papus, 1865-1916) et Yvon Le Loup (Sédir, 1871-1926).
Il devient membre du Conseil Suprême de l’O.K.R.C. (l’Ordre Kabbalistique de la Rose Croix) dans lequel il est reçu Maître kabbaliste en 1893 par Papus et Stanislas de Guaita (1861-1897).
Il épouse le 1er septembre 1897 Jeanne-Marie Victoire (1878-1904) fille d’Anthelme Nizier Philippe (1849-1905, mystique et guérisseur) dit Maître Philippe de Lyon, propagateur d’une forme de spiritualité judéo-chrétienne, le véritable « supérieur inconnu » selon Papus.
Parrain du fils de Papus (Philippe Encausse, 1906-1984), dont il deviendra le tuteur moral au décès son père en 1916.
Supérieur Inconnu dans l’Ordre Martiniste, il remplace Maurice Barrès (1862-1923) au sein de son suprême conseil (qui comptait symboliquement douze membres).
Sous son nom de plume, il signe :
Explication inédite d’une planche de Kunrath (1892),
La vie et les œuvres d’Arnauld de Villeneuve (1896),
Il signe la présentation de L’Évangile de Cagliostro (1910, un témoignage anonyme intitulé Liber memorialis de Caleostro cum esset Roboreti),
Cagliostro, le maître inconnu (1913),
La Magie d’Arbatel suivi d’un Rituel de la Maçonnerie Égyptienne (éditée à titre posthume en 1946).
Le fondateur de L’Entente Amicale Evangélique (Psychométrique) Georges Descormiers, (Phaneg,1866-1945) publie un portrait de Marc Haven en forme d’hommage dans la revue Le voile d’Isis (n°83, novembre 1926).
Extraits : « (…) Le Dr Marc-Haven, après 30 années d’intolérables douleurs, vient de mourir à la terre pour recueillir enfin cette couronne et revêtir cette robe blanche promise aux élus et si bien méritée. (…) Je dirai donc seulement ce que je crois avoir deviné, pressenti de cet Être de Lumière. Si je me rapporte à quelques années en arrière, à l’époque où j’ai eu en main, en classant les papiers de Papus, un certain nombre de lettres que lui adressait Marc-Haven, j’y trouve la preuve certaine d’une amitié fraternelle profonde, mais surtout la certitude que, dès 1889, peut-être même avant, Marc-Haven avait compris la valeur immense de I’Évangile, la totale et définitive Puissance du Christ. Non seulement en son coeur, mais en son intelligence aiguë, il avait réalisé que la parole directe de Jésus renferme tous les mystères de cette Kabbale dont il avait approfondi les secrets. Il écrivait souvent à Papus : “Sois donc Chrétien avant tout.”
Je suis bien persuadé qu’avec Barlet, Sédir, Guaita et les frères de la R.-C. que ce dernier avait organisés, son attitude fut la même. De bonne heure, du reste, Marc-Haven donna sa démission de cette société, comme aussi du Martinisme de Papus. Il voulait se consacrer à l’action solitaire et personnelle, et c’est, dans le silence qu’il approfondit la Kabbale, l’Alchimie, toutes les sciences.
(…) Il y a quelques mois Marc-Haven m’écrivait : “Voyez-vous, ce n’est pas seulement au Thabor qu’il faut suivre le Christ, mais jusqu’au sommet du Calvaire, et là, ne pas attendre qu’un Ange vienne nous délivrer.”
Eh bien ! Il l’a péniblement monté, lui, ce Calvaire ; pendant 30 années, il a étendu ses mains et ses pieds sur la Croix pour que les clous entrent. Seuls les rares amis à qui il a ouvert son coeur ensanglanté pourront se douter de ce qu’il a souffert, très probablement pour nous et pour la France... Et maintenant, crions notre joie d’être sûrs de savoir qu’actuellement tout est oublié ! (…) À cet ami, à ce maître spirituel, au résigné sublime plus fort que la douleur, nous disons au revoir ! Que sa puissante main nous soutienne, nous qu’il a laissés encore pour un peu de temps dans les ténèbres de ce triste monde. »
(Sur le sujet, l’hommage collectif Marc Haven publié en 1934 chez l’éditeur Henri Dangles reste à ce jour le témoignage le plus complet avec les collaborations de Mme Emmanuel Lalande, André Lalande, Lucien Chamuel, Jules Legras, J. Durand, Justin Maumus).

Guiseppe Balsamo fut connu comme thaumaturge, alchimiste, mais surtout pour avoir propagé (voire inventé) une nouvelle franc-maçonnerie égyptienne.
Né à Palerme le 2 juin 1743, il épouse à Rome Lorenza Feliciani (1754- ?), surnommée Sérafina.
Grand voyageur, il parcourt l’Italie, Malte, l’Angleterre, la France, la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Russie, la Pologne…
Il reçoit les trois premiers grades maçonniques le 12 avril 1777 dans la Loge anglaise L’Espérance à Soho.
Il prétend découvrir chez un nommé Coston (ou Cofton) à Londres, des manuscrits inhérents à la pratique d’un Rite Égyptien.
Il visite de nombreuses Loges maçonniques : La Parfaite Égalité en 1777 (à Liège), L’Indissoluble en 1778 (à La Haye), Minerve aux Trois Palmiers (à Leipzig).
Il rencontre Jean-Baptiste Willermoz à Lyon et tente, sans réussite, une mainmise sur sa Loge La Bienfaisance.
Le 29 ou 30 janvier 1785, il s’installe à Paris dans un hôtel particulier à l’angle du boulevard Beaumarchais et de la rue Saint-Claude. (Sur ce sujet, l’historien Alexandre Gady réfute dans son ouvrage Le Marais, guide historique et architectural (Éditions Le Passage) cette adresse parisienne.
Il fonde la Loge d’adoption Isis qui comptera parmi ses membres :
Mme de Flamarens (1752-1810) qui inspira Voltaire dans ses Poésies mêlées.
Mme de Polignac (Yolande Martine Gabrielle de Polastron 1749-1793), Mme de Brienne (citée parmi les proches du comte de Saint-Germain dans la Correspondance Littéraire, Philosophique et critique de Grimm et de Diderot, tome X, p.448), Mme de Choiseul (née Louise Honorine Crozat du Châtelet, marquise de Kerman, veuve d’Étienne-François, duc de Choiseul, Premier ministre de Louis XV, 1737-1799).
L’ouverture de cette Loge est relatée par Gérard de Nerval, dans Les illuminés, Récits et portraits, Paris, 1852, pp. 299-318.
Son épouse est alors Grande Maîtresse des Loges féminines.
Mais les heures sombres se profilent, Cagliostro est arrêté le 27 décembre 1789 à Rome, accusé de maçonnerie, d’hérésie, et de pratique de la magie.
Un autodafé (à Rome le 4 mai 1791) détruit tous ses objets personnels : décors maçonniques, diplômes, archives.
Emprisonné au château Saint-Ange, condamné à mort, peine commuée en perpétuité, il décède en captivité le 26 août 1795 dans la forteresse de San Léo en Italie, située dans la région des Marches (proche d’Ancône).
Sur sa biographie initiatique, il laisse un Rituel de la Maçonnerie égyptienne.
Des extraits de ce rituel sont publiés pour la première fois dans la revue L’Initiation en 1906, 1907, 1908.
Son système maçonnique de hauts grades (5 degrés) s’ouvre aux maîtres ayant vingt-cinq ans révolus.
Deux Loges Mères du Rite Égyptien sont fondées à Lyon, et pour les pays helvétiques à Bâle.
Ce Rite, qui va attirer les foudres du Vatican sur Cagliostro, n’est pas chrétien, ni anti-chrétien, il est juif dans le sens où il abandonne la référence chrétienne, inversement à tous les autres systèmes maçonniques.
Pour Cagliostro, l’athéisme semble guetter la maçonnerie, il voit paradoxalement dans la pratique de ce nouveau Rite, un possible retour vers la Foi.
Robert Amadou analyse cette perception maçonnique, faisant de la doctrine Cagliostro une vraie révolution initiatique : « Le Grand Cophte penserait unicité et unité de Dieu dans une acception judéo-islamique. » (In notice biographique sur Cagliostro, Dictionnaire de la Franc-Maçonnerie, sous la direction de Daniel Ligou, Presses Universitaires de France).
Le développement voulu par Cagliostro, dans sa démarche maçonnique, introduit le principe si cher à Martinès de Pasqually (1727-1774) : la réintégration.
Ce principe repose sur la pratique de la philosophie naturelle dans laquelle l’Alchimie et l’évocation des esprits sont présentes (via l’intervention d’un médium).
La pratique de la théurgie amène le maçon du Rite Égyptien à pénétrer le sanctuaire de la Nature, pour pouvoir accéder, au terme du parcours, à la régénération physique et spirituelle.
« La maçonnerie égyptienne représente la perfection de la philosophie naturelle et surnaturelle, qui s’acquiert par le culte et la pratique de la religion parfaite que l’Éternel a accordée par le pouvoir d’un chéri, ou élu de Dieu. »
Cagliostro compta néanmoins de nombreux sceptiques : Louis Moreau illustre cette défiance avec une ironie mêlée au doute : « (…) Cagliostro exploite la crédulité d’une époque incrédule. » (in Examen des doctrines du Philosophe Inconnu, Louis-Claude de Saint-Martin, Le Correspondant, Tome XIV, Paris, Librairie de Sagnier et Bray, 1846, p. 496).
Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824) cynique, confie après une rencontre dans la ville de Lyon, qualifiée de houleuse avec Cagliostro : « Je crois que c’est un homme qui n’a point de connaissances positives ou qu'il n’en a que de dangereuses. »
Sur le rite et la mixité, René Le Forestier (1868-1951) préfère évoquer « (…) Une parade magico-maçonnique » (in La Franc-Maçonnerie templière et occultiste aux XVIIIe et XIXe siècles, p.768) citant une consécration de loge « androgyne » à Mitau (Pays-Bas).
Pour Albert Lantoine (1869-1949) « (…) C’est une atmosphère saturée de mysticisme » qui permit à Cagliostro « de s’imposer »… (In Histoire de la franc-maçonnerie française : la franc-maçonnerie chez elle, 1925, p. 217).

Le Maître inconnu Cagliostro est-il un ouvrage trop complaisant ?
Son titre engagé est-il une volonté de l’auteur ?
Le mage n’hésitait pas à se présenter à ses contemporains comme le grand maître inconnu.
Sur le fond, certains critiques considèrent qu’en faisant l’apologie de Cagliostro (un « envoyé du ciel, apôtre puis martyr ») le propos de Marc Haven perd en crédibilité.
Ce manque de partialité est aujourd’hui à replacer dans un contexte historique général mis en relation avec une forme d’hagiographie propre aux récits réclamées par les occultistes de la Belle Époque.
À l’image d’un Papus ébauchant un roman, jamais terminé : Cagliostro et les mystères de la Révolution Française, avant de l’intégrer dans la mémoire collective du Martinisme comme pour mieux marquer une intemporalité initiatique.
Le rituel dit de Teder (Charles Détré, 1855-1918) précisant dans La Troisième chambre d’instruction : « (…) Aie toujours présent à l’esprit le sort des Grands Initiateurs qui ont essayé, même avec les meilleurs intentions, de lever devant la multitude, un coin du Voile Sacré d’Isis : (…) Paracelse, Cazotte, Cagliostro, Saint-Martin, Wronski (…). Et des centaines d’autres martyrs ignorés de la Science Royale et Sacerdotale et dont les Lois sont inexorables. » (P. 93, Éditions Télètes, 2002).
À la décharge de Marc Haven, convenons que la nécessité du mythe n’est pas propre à la société du XIXe siècle, et que son travail ne souffre d’aucune trace de connivence capable de passer pour de l’idolâtrie.
Il existe pourtant dans ces pages une forme appuyée de communion spirituelle à l’image d’une fusion entre un sculpteur et son modèle.
Ce travail n’est donc pas, on s’en doute, un récit historique impartial, plus sûrement une biographie sur des sentiments partagés dans une expérience qui se voudrait commune.
L’exposé sur un homme complexe reste pourtant inachevé, ici comme ailleurs.
Les auteurs qui se sont sérieusement attaqués au sujet ont rencontré les mêmes écueils sans que l’on puisse venir les suspecter d’une quelconque bienveillance à l’égard du Grand Cophte.
En cela le docteur Lalande, l’ami de Maître Philippe aura été un précurseur, avec ses défauts et ses qualités, dans une démarche initiale de nature existentielle.
Cette osmose avec le sujet, cette communauté d’idées, manière d’appréhender la vie sur Terre, semble aller de pair avec l’intimité du vrai Balsamo.
Un homme difficile à cerner : alchimiste, théurge, mage, kabbaliste, franc-maçon, ou magicien ?
Difficile de résumer toutes ses facettes, entre manipulations, lutte de pouvoir et réseaux d’influence.
Il faut pourtant garder à l’esprit (rétroactivement) un fait incontournable, suffisamment troublant : le maître reconnu vivait de son art, preuve de son génie ou pour ses détracteurs, de sa personnalité hors normes.
Derrière l’exotisme de l’homme soigneusement entretenu par une vie théâtralisée à l’excès, on serait tenté de trouver ses adeptes épris de merveilleux quelque peu décalés dans le siècle des Lumières.
Signe d’une noblesse au bord de l’abîme, d’une bourgeoisie naissante attirée par la rumeur ou par la lumière.
Une étude sociale des fidèles du Grand Cophte apporterait une réponse à ces faiblesses argumentaires, là ou Emmanuel Lalande préfère, d’une manière plus subtile, développer la voie cardiaque.
À la manière d’un pionnier, en exhumant sa mémoire, il a ouvert avec sincérité une voie que d’autres historiens continuent d’arpenter avec plus ou moins de réussite et de rigueur.
L’éclairage très personnel de l’ouvrage, hésitant entre relais et lien intemporel, tente peut-être d’apporter une réponse à la question initiale : maître inconnu de quoi ?

lundi 25 janvier 2010

Confidences et révélations



Jean-Eugène Robert-Houdin (1805-1871 ), est le plus célèbre illusionniste français du XIXe siècle. « Rénovateur de l’art magique », considéré comme le plus grand magicien de tous les temps, inventeur du spectacle d’illusionnisme, il est également scientifique et homme de lettres, s’intéressant à tout ce qui touche aux sciences.
Il dépose ainsi de nombreux brevets.
On lui doit les appareils permettant de mesurer les « touches » des escrimeurs, le taximètre, des appareils électromécaniques de contrôle à distance, certains instruments d’ophtalmologie. Il dépose plusieurs brevets d’inventions et est le premier à perfectionner l’ampoule électrique à incandescence.
Robert-Houdin ouvre un théâtre de magie à Paris et le 3 juillet 1845 a lieu la première des « Soirées fantastiques de Robert-Houdin », rue de Valois, au Palais-Royal.
C’est le succès immédiat. Il y présente des automates magiques comme L’Oranger Merveilleux, Le Pâtissier du Palais-Royal, ou Le Voltigeur au Trapèze et des expériences inédites comme La Bouteille inépuisable ou La Suspension éthéréenne dont la conception et l’exécution en voient aux oubliettes le répertoire désormais désuet de ses prédécesseurs.
En quelques années, Robert-Houdin fait fortune.
En 1856, à la demande du gouvernement français, il se rend en Algérie pour y donner un spectacle de magie, afin de diminuer l’influence néfaste qu’avaient les marabouts sur les tribus arabes. Il fit une impression si fantastique, que les chefs de tribus se présentèrent à lui, avec un parchemin et la promesse de garder leur loyauté à la France.
Bibliographie :
Confidences d'un prestidigitateur, par Robert-Houdin ; une vie d'artiste, 1858, 2 tomes.
Les Tricheries des Grecs dévoilées ; l'art de gagner à tous les jeux (1861)
Le Prieuré, organisations mystérieuses pour le confort et l'agrément d'une demeure (1867)
Note sur de nouveaux instruments propres à l'observation des divers organes de l'œil ainsi qu'à la manifestation des images entoptiques (1867)
Comment on devient sorcier : les secrets de la prestidigitation et de la magie (1871)
Magie et physique amusante (1877)
Comment on devient sorcier, une vie d'artiste, L'art de gagner à tous les jeux, Magie de physique amusante, Le prieuré par Jean-Eugène Robert-Houdin.